Selon les autorités américaines, il avait traversé les États-Unis avec l’intention de s’en prendre au dirigeant et transportait des écrits présentant l’intelligence artificielle comme une menace pour l’humanité.
Quelques jours plus tôt, treize coups de feu avaient été tirés contre le domicile d’un élu d’Indianapolis ayant soutenu l’installation d’un data center.
L’histoire ne s’arrête pas aux États-Unis.
En juin, en Isère, deux pylônes électriques alimentant notamment STMicroelectronics et Soitec sont sabotés.
Quelques jours plus tard, une armoire de fibre optique située dans un bâtiment accueillant notamment Dassault Systèmes à Meylan, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, est incendiée. Les actions sont revendiquées dans des publications issues de la mouvance libertaire.
En août, la police écossaise demande même un renforcement des mesures de sécurité autour d’un futur data center dédié à l’IA, confronté à une forte opposition locale.
Cette contestation reste très majoritairement pacifique. Mais le symbole a changé :
le data center n’est plus seulement un bâtiment technique. Il devient la représentation physique de l’intelligence artificielle.
Quand l’IA devient une cible physique
C’est tout le paradoxe. L’intelligence artificielle semble immatérielle : quelques secondes sur un téléphone suffisent pour interroger un modèle situé on ne sait où.
Pourtant, derrière cette apparente abstraction se trouvent des serveurs, des fibres, des transformateurs, des systèmes de refroidissement et d’immenses bâtiments.
Le numérique a toujours un corps.
Et ce corps peut devenir une cible.
Mauro Lubrano, chercheur spécialiste de la violence politique, distingue deux tendances :
- Viser les personnalités qui incarnent la technologie, comme Sam Altman;
- Attaquer directement les infrastructures qui permettent à cette technologie de fonctionner.
Le phénomène reste fragmenté, sans mouvement organisé unique, mais les cibles commencent à se ressembler.
Les motivations varient :
- Crainte de l’automatisation du travail;
- Impact environnemental des data centers;
- Rejet du pouvoir des géants technologiques;
- Peur d’une IA devenue incontrôlable.
Pour une minorité, cette opposition quitte désormais le débat politique pour devenir violente.
Vous n’avez pas besoin d’être la cible
Pour une entreprise ordinaire, le sujet pourrait sembler assez exotique. Après tout, personne ne prévoit probablement d’incendier votre serveur comptable au nom de la lutte contre l’intelligence artificielle.
Le problème est ailleurs : nous partageons les mêmes infrastructures.
Un data center héberge des dizaines d’organisations. Une fibre dessert plusieurs bâtiments. Une alimentation électrique peut servir simultanément une PME, un laboratoire et un industriel stratégique. Votre fournisseur informatique dépend lui-même d’autres fournisseurs que vous ne connaissez parfois même pas.
Vous pouvez donc subir une attaque qui ne vous concernait absolument pas. C’est le risque par voisinage.
Votre entreprise n’est pas visée, mais elle partage une infrastructure avec quelqu’un qui l’est. Le risque de votre voisin devient alors le vôtre.
Et c’est là que le PCA devient utile
La continuité d’activité n’a pas besoin d’un nouveau scénario intitulé « extrémisme anti-tech ». Elle pose une question beaucoup plus simple : si une ressource indispensable disparaît, pouvons-nous continuer à fonctionner ?
Ces attaques invitent surtout à regarder derrière certaines phrases rassurantes : « nos données sont dans le cloud », « nous avons deux fournisseurs », « notre prestataire dispose d’un site de secours ».
Où se trouvent réellement ces infrastructures ? Partagent-elles le même bâtiment, la même alimentation ou le même réseau ? Et surtout, avec qui les partageons-nous ?
Deux solutions indépendantes sur un contrat peuvent finalement dépendre du même morceau de fibre dans le monde réel.
La prochaine crise pourrait ne rien avoir à voir avec vous
Il serait excessif d’annoncer une vague de terrorisme anti-IA. Les actions violentes restent rares et ne doivent évidemment pas être confondues avec l’opposition légitime aux technologies ou aux data centers.
Mais quelque chose a changé. Ces infrastructures concentrent désormais les débats sur l’emploi, l’environnement, l’énergie et le pouvoir des géants technologiques. Elles deviennent visibles, politiques et, pour certaines, des cibles.
Pour les entreprises, la bonne question n’est donc peut-être plus seulement, « Qui pourrait vouloir nous attaquer ? »
Mais aussi :
« Avec qui partageons-nous ce qui nous permet de fonctionner ? »
Site Web : https://www.scortconseil.com/
Thomas Scorticati est consultant indépendant avec dix ans d'expérience en continuité d'activité et gestion de crise. Certifié MBCI et ISO 22301 Lead implementer, il accompagne les organisations de tous secteurs, finance, industrie, santé ou encore administration publique. Il a également créé Y Crisis, une plateforme de simulation de crise immersive.

