Le Magazine par Crise et Résilience

Tous les articles·Blackout et panne·Septembre 2026·9 min de lecture

Quand les lumières s'éteignent, les idées s'allument.

Trois villes. Une même expérience.

Et si, demain matin, l’électricité disparaissait ?

Plus de courant. Plus de réseau. Les communications deviennent difficiles. Les informations se font rares.

C'est cette réalité que des participants de Québec, Montréal et Paris ont choisi de vivre pendant une journée.

Venus chercher des réponses, ils sont surtout repartis avec une meilleure compréhension de ce qu'est réellement un blackout, de ses conséquences et de l'importance de s'y préparer bien avant que les lumières ne s'éteignent.

Il existe des événements dont on se souvient pour les conférences. Et puis il y a ceux dont on se souvient pour les conversations. Celles qui commencent autour d'une table, se poursuivent pendant la pause-café et continuent longtemps après le retour au bureau.

Les Journées Blackout ont été de ceux-là. Elles ont réuni des professionnels venus d'univers très différents : responsables de sécurité civile, gestionnaires, dirigeants, spécialistes des technologies de l'information, représentants municipaux, intervenants du réseau de la santé, organisations publiques et entreprises privées.

Tous partageaient une même question :

sommes-nous réellement prêts lorsqu'une crise dépasse nos scénarios habituels ?

À travers les trois éditions de Québec, Montréal et Paris, les réponses ont été nombreuses. Mais elles n'ont pas toujours été celles que l'on attendait.

L'objectif des Journées Blackout était de sensibiliser les participants à la réalité d'un blackout majeur, qu'il touche leur organisation ou leur vie familiale. Car se préparer à un tel événement ne consiste pas seulement à disposer de plans et de procédures.

C'est aussi développer les bons réflexes, réfléchir aux décisions qui devront être prises et amorcer les conversations qui permettront d'être mieux préparés lorsque l'imprévu surviendra.

Une expérience plutôt qu'une formation

Dès les premières minutes, les participants comprennent qu’ils ne sont pas venus assister à une formation comme les autres. Ils sont là pour vivre une expérience.

Car un blackout ne se résume pas à une panne d’électricité. Il fait progressivement disparaître les repères habituels.

Les communications deviennent plus difficiles. Les informations arrivent au compte-gouttes. Les priorités évoluent. Pourtant, les décisions, elles, ne peuvent pas attendre.

Tout au long de la journée, les participants sont confrontés à des situations inspirées de cas réels. Ils doivent :

analyser rapidement, faire des choix avec une information imparfaite, débattre et adapter leur stratégie à mesure que la situation évolue.

L’objectif n’est pas de trouver une réponse unique. Il est de se confronter à la complexité d’un blackout, d’en mesurer les conséquences et de comprendre les défis qu’il impose aux organisations comme aux familles. Ce qui paraît simple sur papier devient souvent beaucoup plus difficile lorsque l’information manque, que les priorités se multiplient et que les décisions ne peuvent être reportées.

Trois villes, trois atmosphères

Les Journées Blackout ont pris vie dans trois lieux aussi différents qu'inspirants : une ancienne église à Québec, la salle Toundra à Montréal et le Salon des Lumières à Paris.

Trois décors chargés d'histoire, trois ambiances bien distinctes, mais une même volonté : créer les conditions propices à la réflexion, aux échanges et à l'apprentissage collectif.

À Québec, l'ancienne église permettait de recréer une véritable ambiance de blackout. Les rideaux tirés plongeaient progressivement la salle dans la pénombre. Les lampes rechargeables devenaient les seules sources de lumière. Sans artifices, l'environnement obligeait chacun à sortir de son quotidien et à se projeter dans un contexte où les repères habituels avaient disparu.

À Montréal, la salle Toundra vibrait d'une énergie différente. Les ateliers prenaient rapidement vie, les idées circulaient d'une table à l'autre et les discussions se poursuivaient bien au-delà des exercices. Les participants confrontaient leurs réalités, partageaient leurs expériences et enrichissaient mutuellement leurs réflexions.

À Paris, le Salon des Lumières offrait un contraste saisissant. En pleine canicule, la chaleur rappelait que les crises prennent toujours une couleur particulière selon le contexte dans lequel elles surviennent. Dans ce lieu chargé d'histoire, les échanges demeuraient tout aussi riches, portés par la curiosité, la diversité des parcours et une même envie de mieux se préparer.

Les décors étaient différents. Les conditions aussi. Pourtant, une constante s'est retrouvée dans les trois villes : la qualité des échanges, la générosité des participants et cette impression que chacun apprenait autant des autres que du scénario proposé.

Ce sont ces trois atmosphères, chacune avec sa personnalité, qui ont donné aux Journées Blackout leur caractère si particulier.

Les véritables experts étaient aussi dans la salle

En relisant les questionnaires d'évaluation, un constat s'impose rapidement. Les conférences ont été très appréciées, mais ce qui revient le plus souvent dans les commentaires, ce sont les échanges entre les participants. Les ateliers, les discussions autour des tables, les regards croisés et les expériences partagées ont profondément marqué les esprits.

À plusieurs reprises, les mêmes idées reviennent.

« Les ateliers ont permis d'échanger notre réalité avec celles des autres participants. Les trois conférences étaient excellentes. »

« Les échanges avec les personnes autour de la table et les exemples concrets des conférenciers ont été les moments les plus marquants. »

« Les ateliers étaient bien structurés et il y avait suffisamment de temps pour échanger avec les autres participants. »

Pendant une journée, les silos disparaissent. Une municipalité découvre les préoccupations d'une entreprise privée. Un spécialiste des technologies de l'information nourrit la réflexion d'un gestionnaire RH. Un responsable de la sécurité civile échange avec un dirigeant de PME.

Mais certains apportaient aussi un vécu que l'on ne retrouve dans aucun manuel. Quelques participants avaient déjà traversé un blackout majeur. D'autres venaient de régions où les cyclones, les tempêtes ou les interruptions prolongées de services essentiels font partie de la réalité. Certaines organisations avaient développé, au fil des ans, une véritable culture de préparation, tandis que d'autres amorçaient tout juste leur réflexion.

Très vite, ces expériences prennent autant de valeur que le scénario lui-même. On ne parle plus seulement de ce qu'il faudrait faire :

on partage ce qui a réellement fonctionné, les erreurs commises, les difficultés rencontrées et les solutions trouvées sur le terrain.

C'est là que réside la véritable richesse de ces journées.

Elle ne vient pas uniquement des conférences ou des intervenants, mais de la diversité des personnes réunies autour de la même table et de l'intelligence collective qui naît de leurs échanges.

Lorsqu'un professionnel partage une expérience vécue, il ne transmet pas seulement des connaissances : il permet aux autres d'imaginer plus concrètement ce que signifie traverser une crise. En situation de crise, aucune organisation ne détient seule toutes les réponses.

Une journée qui fait réfléchir... et surtout agir

Les Journées Blackout n'avaient pas pour objectif de faire peur. Elles visaient à faire réfléchir. Et surtout, à donner envie d'agir.

Les réponses recueillies montrent que les participants repartent rarement avec une simple idée. Les actions envisagées sont très concrètes :

  • Préparer une trousse d'urgence,
  • Revoir un plan de continuité,
  • Identifier les clients prioritaires,
  • Tester un scénario avec son équipe,
  • Sensibiliser sa famille
  • Ou encore partager les apprentissages avec ses collègues.

Les témoignages parlent d'eux-mêmes.

« Je rentre avec de nombreuses

idées concrètes à mettre en pratique avec ma famille. »

« Je repars avec de nouvelles idées et moins de zones d'ombre pour affiner nos plans. »

« Je réalise que je n'étais pas

aussi préparé que je le croyais. »

« Ce n'est pas une question de si,

mais de quand cela va arriver. »

Ces phrases racontent peut-être mieux que tout le reste ce qu'ont produit les Journées Blackout. Plus qu'un transfert de connaissances, elles ont provoqué une prise de conscience. Elles ont amené les participants à regarder autrement leur propre niveau de préparation, autant dans leur organisation que dans leur vie personnelle.

Avant de quitter les lieux, chaque participant repart avec une mini trousse de survie préparée par Crise & Résilience contenant :

  • Une lampe rechargeable
  • Couverture de survie
  • Pastilles pour purifier l’eau
  • Biscuits
  • Crayons et carte réflexe

Une ambiance qui donne envie de revenir

Les chiffres témoignent d'un haut niveau de satisfaction. Les évaluations sont excellentes. La très grande majorité des participants recommanderaient la journée à leurs collègues et nombreux sont ceux qui souhaitent déjà participer à une prochaine édition. Mais les statistiques racontent seulement une partie de l'histoire. Ce qui marque davantage, ce sont les mots utilisés par les participants.

Enrichissante, inspirante, pertinente, concrète, productive, conscientisation.

Ces mots reviennent sans cesse. Ils décrivent une journée où l'on apprend, mais surtout où l'on échange.

Une journée où chacun apporte son expérience et repart enrichi de celle des autres.

Ce que nous retenons

En organisant ces trois éditions, nous voulions ouvrir un espace de réflexion autour d'un scénario encore peu exploré : le blackout de grande ampleur. Au fil des rencontres, une conviction s'est imposée. La résilience ne se construit pas uniquement à travers des plans, des procédures ou des exercices. Elle se construit aussi dans les conversations, les retours d'expérience et la capacité d'écouter ceux qui vivent les mêmes défis sous un angle différent.

Une autre leçon nous a tout autant marqués. Les participants ne sont pas seulement venus apprendre : ils sont aussi venus partager. Au fil des ateliers, des idées ingénieuses ont émergé des échanges. Certaines étaient d'une simplicité désarmante. D'autres remettaient en question des façons de faire que l'on croyait bien établies. Chaque groupe apportait sa réalité, ses contraintes et ses solutions. Très souvent, une idée lancée par un participant faisait évoluer la réflexion de toute la salle.

C'est sans doute la plus belle démonstration de l'intelligence collective. Lorsque des professionnels issus d'univers différents confrontent leurs expériences, leurs expertises et leurs points de vue, les réponses deviennent plus riches, plus nuancées et souvent plus concrètes que celles qu'une organisation pourrait construire seule.

Au fond, les Journées Blackout n'ont pas seulement permis de mieux comprendre le risque de blackout. Elles ont créé un espace où chacun pouvait remettre certaines certitudes en question, enrichir sa réflexion et repartir avec des idées concrètes à mettre en œuvre.

Les Journées Blackout nous auront rappelé une chose essentielle : lorsque les lumières s'éteignent, les meilleures idées naissent rarement d'une seule personne. Elles prennent forme lorsque les expériences se rencontrent, que les perspectives se croisent et que l'intelligence devient véritablement collective.

À toutes celles et ceux qui ont participé aux Journées Blackout de Québec, Montréal et Paris, merci. Vous avez fait bien plus que prendre part à un événement. Vous avez contribué à faire vivre une réflexion collective qui, nous l'espérons, continuera bien au-delà de cette tournée. Car, face aux crises, nous sommes toujours plus forts lorsque nous apprenons ensemble.

Karine Maréchal Richard

Karine Maréchal-Richard Karine Maréchal-Richard

Experte en continuité des affaires et en gestion de crise. Consultante, formatrice et conférencière dans les domaines de la continuité des affaires et de la gestion de crise.

Alexandre Fournier Alexandre Fournier

Expert en gestion et simulation de crise

Consultant, formateur et conférencier dans les domaines de la continuité des affaires et de la gestion de crise depuis 30 ans.

Article publié dans le Magazine Crise et Résilience.

Tous les articles