Le Magazine par Crise et Résilience

Tous les articles·Communication de crise·Septembre 2026·5 min de lecture

Ce que les accidents nucléaires nous, enseignent vraiment !

Alors que « l’effet ciseaux » entre des besoins énergétiques grandissants et la nécessité de décarboner conduit à la reprise du nucléaire,

les crises passées rappellent une exigence essentielle : comprendre la complexité des risques nucléaires.

Cette complexité pèse lourdement sur la communication de crise et altère durablement la confiance.

Depuis les années 1950, l’énergie nucléaire a connu plusieurs inflexions majeures, notamment avec les accidents de Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima. Les contraintes énergétiques et climatiques la replacent aujourd’hui au cœur des stratégies de décarbonation, mais sa relance repose sur la confiance publique qu’un accident majeur pourrait fragiliser.

Pour mieux s’y préparer, que nous enseignent vraiment Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima ?

Cet article en propose une lecture resserrée à partir de leurs principaux enseignements.

L’accident de Three Mile Island 1979

Malgré la fusion partielle du cœur du réacteur et le relâchement de radioactivité dans l’enceinte de confinement, il est admis que les conséquences radiologiques1 dans l’environnement ont été minimes.

Les populations proches de la centrale ont toutefois été plongées dans une inquiétude profonde, amplifiée par des difficultés de communication qui ont entamé leur confiance envers les institutions. L’accident a marqué un tournant dans la perception de la filière, le mouvement antinucléaire est renforcé. La contestation gagne de nombreux pays.

Three Mile Island montre déjà que les conséquences d’un accident nucléaire ne se mesurent pas seulement en doses reçues, mais aussi en confiance perdue.

Pourtant, l’industrie américaine s’impose de nouvelles normes de sécurité, reprises ensuite à l’échelle mondiale. Curieusement, l’accident de Three Mile Island a sans doute contribué à rendre l’industrie nucléaire techniquement plus sûre.

L’accident de Tchernobyl 1986

Les enfants et adolescents biélorusses et ukrainiens de moins de dix-huit ans au moment de l’accident sont les plus sérieusement affectés2 par les dépôts radioactifs.

1-Nombreuses publications regroupées dans https://www.fnac.com/a23086982/Bertrand-Domeneghetti-Crises-nucleaires-mythes-et-realites

2- Même source et datas directement disponibles auprès des publications du Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR)

L’accident est en grande partie imputable à la conception ancienne du réacteur soviétique, sans enceinte de confinement notamment. Il serait donc imprudent d’établir des parallèles trop directs avec les réacteurs occidentaux.

Tchernobyl aide néanmoins à comprendre la difficulté à

communiquer en situation de crise nucléaire.

En cas d’accident nucléaire, à la question, y a-t-il un risque OUI ou NON ? Les populations, les médias et les décideurs attendent une réponse aussi binaire que la question. Or une telle réponse n’est pas toujours possible. On parle de risque « stochastique », c’est-à-dire d’une augmentation de la probabilité d’apparition de cancers, notion complexe qui complique considérablement la parole publique.

Qualifier la dispersion des rejets et évaluer un danger sanitaire probabiliste restent des exercices particulièrement difficiles. Même préparés, les acteurs ne peuvent disposer d’informations complètes en début de crise.

L’accident de Fukushima 2011

Dans le cas de l’accident japonais, le fossé entre la réalité des expositions et la perception qu’en ont encore aujourd’hui les populations demeure considérable plus de quinze ans après l’accident et treize ans après les premiers rapports.

« Aucune augmentation perceptible de l’incidence des effets liés aux rayonnements ionisants sur la santé des populations exposées n’est attendue »

précisent pourtant depuis 2013 les experts internationaux, indépendants.

Pour autant, les effets psychologiques liés à l’impréparation de l’évacuation ou à l’éloignement durable des populations de leur lieu de vie ne peuvent être méconnus.

Comment apprécier sa sécurité face à un risque radiologique insidieux, imperceptible, invisible et persistant, qui se disperse avec le vent, se concentre localement et produit des effets sanitaires différés rendant difficile l’établissement d’une causalité directe ?

Autant de questions restées sans réponse surtout en début de crise. Pourtant « On n’a qu’une fois l’occasion de faire une première bonne impression ».

Les premières heures des crises alimentent directement les peurs et pèsent durablement sur la confiance accordée aux autorités.

Le choc systémique provoqué sur la chaîne d’approvisionnement mondiale, notamment dans les industries automobiles et électroniques, rappelle enfin qu’un accident nucléaire peut produire des effets bien au-delà de son périmètre sanitaire immédiat.

Les études épidémiologiques robustes montrent que les conséquences sanitaires radiologiques ne sont pas les plus inquiétantes, ni à TMI bien sûr, ni à Fukushima.

Les détresses psychologiques sont une constante des trois grands accidents nucléaires. Ce constat n’est pas sans lien avec le suivant.

La parole publique joue alors un rôle crucial. Pourtant, décideurs, exploitants, médias et populations peinent à apprécier la situation en temps réel. Disons-le, la communication de crise a été jugée défaillante lors des trois grandes crises nucléaires. En cas de nouvel accident, les complexités inhérentes au risque nucléaire pourraient encore empêcher la communication attendue.

L’impact serait alors immense, et l’avenir de la filière nucléaire à nouveau fragilisé. Comment s’y préparer ? Comment vous informer et vous protéger efficacement en situation d’accident nucléaire ? C’est tout l’objet de notre prochain article.

Consultant en gestion des risques notamment nucléaires, Bertrand Domeneghetti est Inspecteur général de sapeurs-pompiers (er), membre associé de l’Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, administrateur de société et auteur de Crises nucléaires. Mythes et réalités.

Tel : + (0) 7 83 61 59 58

Site web : https://riskover-crise.com/

BD Bertrand Domeneghetti

Président fondateur de RISKOVER.

Auteur conférencier. Inspecteur général de sapeurs-pompiers. Gestion des risques et des crises. Le risque nucléaire.

Article publié dans le Magazine Crise et Résilience.

Tous les articles