Le Magazine par Crise et Résilience

Tous les articles·Plan de gestion de crise·Septembre 2026·30 min de lecture

Blackout familial : comment protéger sa famille lorsque tout s'arrête ?

La lumière s’éteint.

Le Wi-Fi disparaît.

Le téléphone capte encore… mais pour combien de temps ?

Les enfants demandent ce qui se passe.

Les minutes passent.

L’électricité ne revient toujours pas.

Une simple panne ? Peut-être. Mais si elle durait ?

Quelques heures suffisent pour bouleverser nos habitudes.

Quelques jours peuvent tout changer.

Et vous, jusqu’où va réellement votre autonomie ?

Un blackout n'est pas une simple panne de courant. Contrairement à une panne classique, qui se règle généralement en quelques minutes ou quelques heures,

un blackout touche un vaste territoire, perturbe plusieurs services essentiels à la fois, et ses conséquences peuvent s'étendre progressivement sur plusieurs jours.

Les communications deviennent incertaines, les paiements électroniques cessent de fonctionner, l'accès à certains services se complique et les habitudes du quotidien sont bouleversées. En quelques heures, une famille peut devoir prendre des décisions auxquelles elle n'avait jamais pensé.

Les événements des dernières années nous rappellent qu'aucune société n'est à l'abri d'une interruption majeure de l'alimentation électrique. Plus nos modes de vie dépendent de l'électricité, plus ses conséquences deviennent importantes lorsqu'elle disparaît.

C'est pourquoi plusieurs pays, dont le Canada, la France et les pays de l'Union européenne,

recommandent aujourd'hui aux citoyens de pouvoir être autonomes pendant 72 heures en cas de crise majeure.

Ce dossier a été conçu pour vous accompagner durant ces premières heures, et les jours qui peuvent suivre. Tout au long de ce parcours, vous suivrez David, Éva et leurs enfants Lucas et Emma, une famille comme tant d'autres, confrontée à un blackout qui s'installe plus longtemps que prévu.

À travers leur histoire, vous découvrirez comment s'organiser en famille comme une véritable cellule de crise, préserver les ressources essentielles au fil des jours et protéger les personnes les plus vulnérables du foyer, même celles dont les besoins restent parfois invisibles au quotidien.

Ce dossier n'a pas pour objectif de faire de vous un spécialiste de la survie. Il vise à vous aider à prendre des décisions simples, concrètes et adaptées à la réalité d'une famille. Car, face à un blackout, la meilleure préparation ne repose pas uniquement sur le matériel que l'on possède. Elle repose avant tout sur la capacité à s'organiser, à rester calme et à agir ensemble.

QUAND TOUT S'ÉTEINT

Le choc des premières minutes

La lumière s'éteint d'un coup. Le bruit du réfrigérateur disparaît. Le téléviseur devient noir. Le Wi-Fi cesse de fonctionner.

Pendant quelques secondes, personne ne bouge!

Puis Emma demande depuis le salon : « Que se passe-t-il ? » Lucas lève les yeux de son téléphone : l'écran est toujours allumé, mais son fil d'actualité reste bloqué, incapable de le rafraîchir.

« Est-ce que c'est seulement chez nous ? » « Est-ce que ça va revenir ? »

Dehors, tout le quartier est lui aussi plongé dans l’obscurité. Dans la rue, quelques fenêtres s'illuminent à la lueur des téléphones.

David vérifie son téléphone. Le réseau fonctionne encore, mais les messages mettent du temps à partir. À la radio, un animateur évoque une panne importante, sans pouvoir en préciser l’origine, l’étendue ni la durée.

Sur le trottoir, les voisins commencent déjà à échanger leurs hypothèses. Une simple panne ? Peut-être. Mais les minutes passent et l’électricité ne revient pas. À cet instant, personne ne sait encore ce qui est réellement en train de se passer.

Le cerveau sous pression : chacun réagit à sa manière

Face à l’inconnu, nous cherchons naturellement à comprendre ce qui se passe et à retrouver des repères. Or, lors d’un blackout, les questions arrivent souvent plus vite que les réponses.

Combien de temps la panne va-t-elle durer ? Jusqu’où s’étend-elle ? Le téléphone va-t-il continuer à fonctionner ? Nos proches sont-ils en sécurité ? Pourrons-nous encore nous déplacer ou obtenir de l’information ?

Lorsque les réponses manquent, notre esprit cherche à combler les vides, parfois en imaginant des scénarios plus inquiétants que la réalité.

L’incertitude augmente alors le stress

et peut influencer notre manière de réfléchir, de décider et d’agir.

Certains passent immédiatement à l’action, parfois en voulant tout faire en même temps. D’autres hésitent, attendent ou restent momentanément figés.

Sous pression, il peut également devenir plus difficile de prendre du recul, de hiérarchiser les priorités et de distinguer ce qui est urgent de ce qui peut attendre.

L’objectif n’est donc pas de tout comprendre ni de tout résoudre immédiatement, mais de retrouver suffisamment de calme et de repères pour savoir quoi faire en premier.

C’est là que la préparation prend tout son sens : elle ne supprime pas l’incertitude, mais elle évite d’avoir à tout improviser lorsque la pression monte.

Les premiers réflexes

Dans les premières minutes, inutile de chercher à tout résoudre. La priorité est de sécuriser, vérifier et commencer à s’organiser. Quelques gestes simples permettent déjà de reprendre la main :

Rester calme : prenez quelques instants pour observer la situation avant d’agir. Votre attitude influence celle de toute la famille, particulièrement celle des enfants.

Vérifier avant d’imaginer le pire : contrôlez le disjoncteur, regardez si le voisinage est également touché et recherchez une information officielle si elle est disponible.

 Préserver les ressources : évitez d’ouvrir inutilement le réfrigérateur ou le congélateur, de multiplier les appels ou d’utiliser toutes vos sources d’éclairage dès les premières minutes.

Rassembler la famille : assurez-vous que chacun est en sécurité et que tout le monde sait ce qui se passe. L’organisation viendra ensuite

💡 L'œil de l'expert

Dans les organisations confrontées à des crises majeures, nous observons toujours le même phénomène : les équipes qui traversent le mieux les premières heures ne sont pas celles qui disposent immédiatement de toutes les réponses.

Ce sont celles qui acceptent de décider avec les informations disponibles, d'ajuster leurs choix au fur et à mesure et de conserver une organisation claire.

Une famille fonctionne exactement de la même manière.

Face à un blackout, attendre de tout savoir avant d’agir n’est pas réaliste. Il faut accepter une part d’incertitude, commencer par l’essentiel et s’adapter ensuite.

La résilience ne consiste pas à tout prévoir ni à tout contrôler. Elle consiste à être suffisamment préparé pour savoir par où commencer.

ORGANISER LA CELLULE FAMILIALE EN BLACKOUT

Les deux premières heures : s’organiser avant tout

Le courant n’est toujours pas revenu. Les téléphones perdent peu à peu leur batterie. Emma et Lucas s’impatientent et les informations restent contradictoires. David et Éva comprennent qu’il est temps de s’organiser.

On imagine souvent qu’une famille bien préparée est avant tout une famille qui possède beaucoup d’équipement. Pourtant, deux familles disposant exactement du même matériel peuvent vivre un blackout de manière très différente.

L’une s’éparpille, gaspille ses ressources, oublie certaines priorités et prend des décisions dans la précipitation.

L’autre partage les informations, répartit les tâches, protège ses ressources et adapte ses décisions à l’évolution de la situation.

La différence ne vient pas seulement du matériel. Elle vient surtout de la manière dont on s’organise.

Une famille devient une petite cellule de crise

Lorsqu’une organisation fait face à une crise majeure, elle met rapidement en place une cellule de crise.

Non pas parce qu’elle possède déjà toutes les réponses, mais parce qu’il faut partager l’information, fixer les priorités et coordonner les actions.

À la maison, la logique est similaire.

Il ne s’agit évidemment pas de transformer le salon en centre de commandement, mais simplement d’éviter que chacun agisse de son côté : l’un cherche des informations, l’autre utilise les réserves, un troisième multiplie les appels… sans que personne ne sache vraiment ce que font les autres.

S’organiser, c’est décider ensemble

de ce qui compte maintenant, de qui fait quoi et de ce qui peut attendre.

Pour y parvenir, trois réflexes peuvent faire toute la différence :

  • Désigner un pilote
  • Donner une mission à chacun
  • Faire un premier état de la situation

1- Désigner un pilote : Dans une crise, quelqu’un doit garder une vision d’ensemble. Nous l’appellerons le pilote. Il n’est pas là pour tout décider ni pour commander les autres.

Son rôle est de maintenir le cap : écouter, aider à fixer les priorités, coordonner les actions et s’assurer que chacun sait ce qu’il doit faire. Le pilote peut changer au cours du blackout selon la situation, la fatigue ou les compétences de chacun. L’essentiel n’est pas de savoir qui commande, mais de savoir qui coordonne.

2- Donner une mission à chacun : David comprend rapidement qu'il ne peut pas tout faire seul. Pendant qu'il écoute les informations à la radio, Éva vérifie les réserves d'eau. Lucas prépare les lampes de poche et Emma rassemble les jeux de société. En quelques minutes, chacun connaît son rôle.

Ce simple partage des tâches change l'ambiance dans la maison. Les enfants cessent de poser les mêmes questions. Les adultes retrouvent progressivement un sentiment de contrôle.

En gestion de crise, on ne se contente pas de répartir les tâches : on désigne aussi un responsable pour chacune d'elles. Cela évite le classique :

« Je pensais que quelqu’un d'autre s'en occupait. »

Six grands rôles peuvent structurer l'organisation familiale. Qui s’occupe de :

L'information et les communications : Écouter les informations officielles, envoyer les messages importants, noter les nouvelles.

L'eau et l'alimentation : Vérifier les réserves d'eau, planifier les repas, gérer les aliments et limiter le gaspillage.

L'énergie et l'éclairage : Surveiller les batteries, préparer les lampes, gérer les recharges et économiser l'énergie.

La sécurité de la maison : Vérifier les portes et les fenêtres, surveiller les sources de chaleur, prévenir les risques d'accident.

Les enfants et les personnes vulnérables : Maintenir une routine, rassurer, proposer des activités et veiller aux besoins particuliers.

Les animaux (si nécessaire) : Vérifier leur eau, leur nourriture et leur sécurité.

Ces rôles n'ont pas besoin d'être figés.

Ils peuvent évoluer au fil de la crise selon les compétences de chacun, l'âge des enfants ou les besoins du moment.

3- Faire un premier état de la situation : Avant de prendre de grandes décisions, David réunit sa famille. Les informations sont encore incomplètes, mais attendre d'en savoir davantage ne les aidera pas. Ils prennent quelques minutes pour faire le point ensemble.

En situation de crise, un court échange permet souvent d'éviter bien des malentendus et des décisions prises dans la précipitation. Il ne s'agit pas de résoudre tous les problèmes, mais de partager la même compréhension de la situation.

Cinq questions simples suffisent généralement :

Que savons-nous avec certitude ? Distinguer les faits des rumeurs ou des suppositions.

Qu'est-ce qui fonctionne encore… et qu'est-ce qui ne fonctionne plus ? Identifier les ressources encore disponibles et anticiper les difficultés à venir.

Quelles sont nos priorités pour les prochaines heures ? Se concentrer sur l'essentiel plutôt que vouloir tout résoudre immédiatement.

Qui s'occupe de quoi ? Répartir clairement les responsabilités pour éviter les oublis et les doublons.

De quoi avons-nous besoin… et quand referons-nous un point ? Prévoir les prochaines actions et convenir d'un nouveau moment pour réévaluer la situation.

Cette discussion dure rarement plus de dix minutes. Pourtant, elle permet à chacun de partager la même information, de comprendre les priorités et de repartir avec un rôle clair.

Une crise évolue rapidement. Il n'est pas nécessaire d'avoir toutes les réponses, mais il est essentiel que toute la famille avance avec la même compréhension de la situation.

Décider malgré l’incertitude

David regarde une nouvelle fois son téléphone. Toujours aucune information précise. Le courant reviendra-t-il dans une heure ? Demain ? Dans trois jours ? Impossible de le savoir.

Pourtant, certaines décisions ne peuvent pas attendre: faut-il économiser davantage les batteries ? Préparer un repas maintenant ? Remplir des contenants d’eau ? Contacter certains proches ?

En situation de crise, une décision est rarement parfaite. Elle est prise avec les informations disponibles à un moment donné, puis ajustée lorsque la situation évolue.

L’important est donc moins de chercher la décision parfaite que de prendre une décision adaptée au moment présent et réversible lorsque c’est possible.

Penser par étapes

Une erreur fréquente consiste à vouloir résoudre toute la crise immédiatement. Les questions s’accumulent, les scénarios se multiplient et, avec eux, la charge mentale augmente.

Pour éviter de s’éparpiller, mieux vaut se concentrer sur un horizon plus court : Que devons-nous réussir pendant les deux prochaines heures ? Puis, une fois cette étape franchie : Que devons-nous faire ensuite ?

Cette approche permet de réduire la charge mentale, de rester concentré sur les priorités immédiates et de s’adapter progressivement à l’évolution de la situation.

Il ne s’agit pas d’ignorer ce qui pourrait arriver demain, mais de ne pas chercher à tout résoudre aujourd’hui.

En situation de crise, penser par

étapes permet de garder son énergie et son attention pour ce qui compte maintenant.

💡 L'œil de l'expert

Dans les exercices de gestion de crise, nous rappelons souvent qu'une décision imparfaite prise au bon moment vaut généralement mieux qu'une décision parfaite prise trop tard.

Une famille ne dispose jamais de toutes les informations lorsqu'un blackout débute.

En revanche, elle peut décider de protéger ses ressources, de s'organiser et de réévaluer régulièrement la situation.

La résilience ne consiste pas à tout prévoir. Elle consiste à savoir s'adapter.

QUAND LE BLACKOUT S'INSTALLE, L'AUTONOMIE DEVIENT VOTRE MEILLEURE ALLIÉE.

La nuit a fini par passer. David et Éva ont dormi par courts moments, réveillés par le silence inhabituel de la maison. Au petit matin, le réveil ne sonne pas. Le café ne coule pas. Le courant n'est toujours pas revenu.

La veille, toute leur énergie avait servi à gérer l'urgence : comprendre ce qui se passait, s'organiser, rassurer les enfants.

Ce matin, une autre réalité s'impose : le blackout ne se terminera pas aussi rapidement qu'ils l'espéraient. Il faut maintenant apprendre à vivre avec la situation et à préserver leurs ressources.

C'est exactement ce que recommandent la plupart des autorités publiques : être capable de fonctionner de manière autonome pendant au moins 72 heures.

Pendant cette période, chaque décision compte. L'objectif n'est plus de retrouver son confort habituel, mais de préserver l'essentiel :

  • L'eau
  • La nourriture
  • Le confort (chaleur et fraicheur)
  • Les communications
  • L'énergie
  • L’argent
  • Accident ou blessure
  • La sécurité de la famille

1- L'eau : la priorité absolue

David ouvre le robinet. L'eau coule encore. Sans attendre, il commence à remplir quelques bouteilles et plusieurs contenants propres. Éva le regarde. « Tu crois vraiment que c'est nécessaire ? » Il hausse les épaules. « Je préfère avoir trop d'eau que pas assez. » Il a raison.

L'eau est la première ressource à sécuriser. Même si le réseau d'aqueduc continue de fonctionner, personne ne peut garantir qu'il en sera ainsi dans quelques heures ou le lendemain.

Elle est indispensable pour boire, cuisiner, préparer les médicaments, assurer une hygiène minimale et, dans certaines situations, alimenter les toilettes.

Combien faut-il prévoir ?

La plupart des autorités recommandent de prévoir au moins 4 litres d'eau par personne et par jour :

Environ 2 litres pour boire.

Environ 2 litres pour cuisiner et assurer les besoins essentiels d'hygiène.

Pour une famille de quatre personnes comme celle de David et Éva, cela représente environ 16 litres par jour, soit près de 50 litres pour couvrir les 72 heures recommandées par les autorités.

Les besoins augmentent en période de chaleur pour :

  • les jeunes enfants
  • les personnes âgées
  • les personnes malades

Dans ces cas, il est prudent de prévoir jusqu'à 1 litre supplémentaire par personne et par jour, notamment pour compenser une transpiration accrue ou des besoins d'hydratation plus fréquents.

Où trouver de l'eau ?

Si vos réserves deviennent insuffisantes, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

Les bouteilles d'eau encore disponibles dans certains commerces.

Les centres de distribution mis en place par les municipalités, lorsqu'ils sont ouverts.

Votre entourage : voisins, proches ou membres de la famille disposant encore de réserves.

L'eau du réservoir des toilettes (et non celle de la cuvette), à condition qu'aucun produit nettoyant n'y ait été ajouté.

Le chauffe-eau : il peut contenir une quantité importante d’eau, à condition de savoir comment la récupérer en toute sécurité

L’eau de pluie, les cours d’eau, lacs ou sources naturelles proches : ils peuvent constituer une très bonne ressource, cela nécessite un traitement approprié avant consommation.

À noter : Si la qualité de l’eau est incertaine

  • Faire bouillir l’eau
  • Utiliser un filtre ou une gourde conçue pour la purification de l’eau
  • Utiliser des pastilles de purification en respectant précisément leur mode d’emploi

2- Nourrir la famille sans gaspiller

Vers midi, Emma demande ce qu'il y aura pour manger. David ouvre le réfrigérateur quelques secondes, puis le referme aussitôt. Chaque ouverture laisse s'échapper le froid et réduit le temps de conservation des aliments.

Pendant un blackout, l'objectif n'est plus de cuisiner comme d'habitude. Il est d'abord de préserver les aliments et d'utiliser intelligemment les réserves disponibles. Commencez par consommer les produits les plus périssables, puis privilégiez progressivement les aliments qui peuvent être conservés à température ambiante.

En situation de crise, les habitudes alimentaires évoluent rapidement. Sans réfrigération ni moyen de cuisson habituel, certains aliments deviennent impropres à la consommation en quelques heures. Le stress peut également modifier l'appétit : certaines personnes mangent moins, tandis que d'autres ressentent un besoin accru d'énergie.

L'objectif n'est pas de préparer des repas élaborés, mais de fournir à chacun l'énergie nécessaire tout en limitant le gaspillage.

À privilégier

Des aliments non périssables, comme le riz, les pâtes, les lentilles, les haricots secs, les flocons d'avoine, les céréales, les craquelins ou les biscuits secs.

Des conserves, telles que des légumes, fruits, compotes, des légumineuses, du thon, du saumon, du poulet, des soupes ou des plats préparés (n'oubliez pas un ouvre-boîte manuel).

Des repas prêts à manger, qui ne nécessitent ni réfrigération ni cuisson.

Des collations énergétiques, comme les noix, les amandes, les arachides, les fruits séchés, les barres tendres ou les barres protéinées.

Du lait UHT ou du lait en poudre, ainsi que des boissons de longue conservation.

Des aliments adaptés aux besoins particuliers, notamment pour les bébés, les personnes ayant des allergies ou suivant un régime médical spécifique.

Un moyen de cuisson d'appoint, comme un réchaud de camping utilisé à l'extérieur ou dans un endroit bien ventilé, pour préparer des aliments simples, comme des pâtes, du riz ou des soupes.

3- Le confort : garder la chaleur… ou la fraîcheur

Au Québec, la température peut rapidement devenir un enjeu de sécurité lors d'un blackout.

En hiver, l'absence de chauffage entraîne une baisse progressive de la température intérieure.

En été, une canicule combinée à une panne d'électricité peut transformer une habitation en véritable fournaise.

Dans les deux cas, l'objectif n'est pas de maintenir toute la maison à une température confortable. L'objectif est avant tout de protéger les occupants les plus vulnérables.

En hiver : conserver la chaleur

Une maison met plusieurs heures avant de se refroidir complètement, mais plus la panne se prolonge, plus les risques augmentent.

Les enfants, les personnes âgées et les personnes malades perdent leur chaleur corporelle plus rapidement.

Les bons réflexes

Regrouper la famille dans une même pièce.

Fermer les pièces inutilisées.

Limiter les ouvertures vers l'extérieur.

Porter plusieurs couches de vêtements plutôt qu'un seul vêtement épais.

Utiliser des couvertures supplémentaires, des couvertures de survie ou des sacs de couchage si nécessaire.

Surveiller les signes d'hypothermie chez les personnes les plus vulnérables.

En été : limiter les effets de la chaleur

En plein été, et particulièrement lors d’une canicule, la température à l’intérieur d’un logement peut rapidement devenir difficile à supporter, surtout lorsqu’il est fortement exposé au soleil.

Lorsque la chaleur persiste plusieurs jours, le logement accumule la chaleur et les nuits ne suffisent parfois plus à le rafraîchir.

Sans climatisation ni ventilation électrique, l’inconfort peut alors s’accentuer, tout comme les risques de déshydratation et de coup de chaleur. Pendant un blackout, l’enjeu est donc double : empêcher autant que possible la chaleur d’entrer le jour et profiter des périodes plus fraîches pour rafraîchir le logement.

Les bons réflexes

Fermer les rideaux et les stores pendant les heures les plus chaudes.

Ouvrir les fenêtres uniquement lorsque l'air extérieur devient plus frais (le soir ou la nuit).

Limiter les efforts physiques.

Boire régulièrement, même sans sensation de soif.

Porter des vêtements légers et de couleur claire.

Rafraîchir régulièrement le corps avec un linge humide.

Surveiller attentivement les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant de problèmes de santé.

Les erreurs fréquentes pour préserver son confort

Utiliser un barbecue, un réchaud au propane ou un appareil de combustion à l’intérieur pour cuisiner ou se réchauffer.

Faire fonctionner une génératrice dans la maison, le garage ou trop près des ouvertures, avec un risque d’intoxication au monoxyde de carbone.

Chercher à chauffer ou à refroidir toutes les pièces de la maison.

Sous-estimer les effets du froid ou de la chaleur sur les personnes vulnérables.

Attendre l'apparition des premiers malaises avant de réagir.

4- Communication : l’information devient une ressource

Lors d’un blackout majeur, les réseaux deviennent rapidement saturés. Les téléphones cellulaires continuent parfois de fonctionner quelques heures, mais :

  • Les batteries diminuent rapidement
  • Les antennes peuvent être touchées
  • Et les réseaux deviennent instables

Dans plusieurs crises, l’information contradictoire devient alors une source importante de stress. Le risque, passé des heures à chercher des nouvelles fiables.

Les bons réflexes

Disposer d'une radio à piles ou à manivelle pour recevoir les informations officielles.

Vérifier les informations à intervalles réguliers plutôt qu'en continu afin d'économiser les batteries.

Privilégier les messages texte (SMS), qui nécessitent généralement moins de ressources réseau que les appels téléphoniques.

Limiter les appels aux communications réellement importantes afin d'éviter la saturation des réseaux.

Si vous en disposez, utiliser des talkies-walkies pour communiquer entre membres de la famille ou avec les voisins à proximité.

Déterminer à l'avance un point de rassemblement et une personne-ressource à contacter si les membres de la famille sont séparés.

Se fier aux informations diffusées par les autorités.

5- L'énergie : gérer chaque source disponible

Lors d'un blackout, l'électricité devient rapidement une ressource précieuse. Les appareils que nous utilisons quotidiennement : téléphone, radio, lampe de poche, ou ordinateur, dépendent tous d'une réserve d'énergie limitée.

Plus le blackout se prolonge, plus chaque watt compte. Heureusement, plusieurs familles disposent aujourd'hui de solutions leur permettant de prolonger leur autonomie.

Selon votre niveau de préparation, vous pourriez avoir accès à différentes sources d'énergie :

  • Les batteries externes (power banks) pour recharger les téléphones, tablettes ou petits appareils électroniques.
  • Les panneaux solaires portatifs, qui permettent de recharger progressivement certains appareils lorsque les conditions d'ensoleillement le permettent.
  • Les génératrices, qui offrent une autonomie importante, mais nécessitent du carburant et doivent être utilisées de façon sécuritaire.
  • Les systèmes solaires résidentiels avec batteries, lorsqu'ils sont conçus pour fonctionner en mode autonome.
  • Les petites éoliennes domestiques, plus rares, mais qui peuvent compléter l'alimentation électrique dans certaines propriétés.

Chaque solution présente des avantages, mais aussi des limites.

Aucune ne fournit une énergie illimitée. Plus que la quantité d'énergie disponible, c'est souvent la manière dont elle est utilisée qui fait la différence.

Les bons réflexes :

Activer le mode économie d'énergie sur les téléphones et réduire la luminosité de l'écran.

Réserver l'électricité aux appareils réellement essentiels.

Recharger les téléphones seulement lorsque nécessaire.

Éteindre complètement les appareils inutilisés.

Répartir l'utilisation des différentes sources d'énergie afin d'éviter d'en épuiser une seule trop rapidement.

Prévoir le carburant nécessaire si vous utilisez une génératrice, tout en respectant les règles de sécurité.

Combien de batteries faut-il prévoir ?

Pour une famille comme celle de David et Éva, maintenir les appareils essentiels, deux ou trois téléphones, une radio et quelques lampes pendant 72 heures nécessite généralement une ou deux batteries externes de forte capacité, en plus de piles de rechange pour la radio.

Si l'autonomie doit s'étendre sur plusieurs jours ou couvrir des besoins plus importants, une génératrice peut compléter ces solutions.

Prévoyez alors au minimum 15 à 20 litres de carburant pour une utilisation raisonnée sur trois jours (quelques heures par jour, réservées aux besoins essentiels), en évitant de la faire fonctionner en continu et toujours à l'extérieur de la maison ou du garage.

6- L'argent liquide : une ressource qu'on oublie trop souvent

David se souvient soudain d'un détail : les terminaux de paiement ne fonctionnent plus depuis la panne. Au dépanneur du coin, un client tente en vain de payer par carte. Sans électricité ni réseau, la plupart des commerces ne peuvent plus traiter les paiements électroniques, même lorsqu'ils restent ouverts.

Lors d'un blackout prolongé, l'argent liquide devient rapidement indispensable.

Les guichets automatiques cessent souvent de fonctionner, les commerces privilégient les transactions en espèces lorsqu'ils le peuvent, et certains services d'urgence ou de dépannage n'acceptent que ce mode de paiement.

Les bons réflexes

Conserver une réserve d'argent liquide accessible en petites coupures, plus faciles à utiliser lorsque la monnaie devient rare.

Prévoir un montant suffisant pour quelques jours de dépenses essentielles (eau, essence, nourriture).

Garder cette réserve dans un endroit sûr, mais facilement accessible en cas de départ précipité.

Combien prévoir ?

Il n’existe pas de montant universel, mais pour une famille de quatre personnes, une réserve d’environ 200 à 400 $ CA (125 à 250 € environ) constitue une base raisonnable pour faire face aux dépenses essentielles pendant 72 heures :

  • Quelques achats alimentaires de dépannage
  • Du carburant
  • Certaines dépenses imprévues

Privilégiez les petites coupures (5, 10 et 20 $ ou €).

Le bon réflexe : prévoir cette réserve à l’avance et la conserver dans un endroit sûr et facilement accessible.

7- Les accidents ou les blessures

En voulant ouvrir une boîte de conserve à la lueur de son téléphone, Lucas se coupe légèrement au doigt. Rien de grave, mais assez pour que David réalise qu'il n'a pas vérifié depuis longtemps le contenu de la trousse de premiers soins familiale.

« On a encore des pansements ? » demande-t-il à Éva, un peu inquiet.

Ce petit incident illustre une réalité fréquente lors des blackouts : plusieurs blessures surviennent non pas à cause de la panne elle-même… mais à cause des comportements improvisés.

Le stress pousse souvent les individus à agir rapidement sans toujours mesurer les risques. En situation de crise, ralentir reste parfois le meilleur réflexe.

Les situations les plus fréquentes ne sont généralement pas spectaculaires :

  • Utilisation dangereuse de génératrices ou intoxication au monoxyde de carbone.
  • Bougies laissées sans surveillance, brûlures causées par des bougies, réchauds ou appareils de cuisson.
  • Chutes ou déplacements inutiles dans l'obscurité.
  • Coupures lors de l'utilisation d'outils ou d'un ouvre-boîte.
  • Entorses, petits traumatismes ou malaises liés à la chaleur, au froid ou à la déshydratation.

Un blackout n'augmente pas seulement le risque d'accident. Il peut aussi allonger le délai avant l'arrivée des secours. Les routes peuvent être encombrées, les communications perturbées et les services d'urgence fortement sollicités.

Dans ce contexte, la famille devient souvent le premier maillon de la chaîne de secours.

Être prêt avant que l'accident survienne

Une trousse de premiers soins devrait être facilement accessible et contenir notamment :

  • Des pansements de différentes tailles.
  • Des compresses stériles.
  • Des bandages.
  • Un antiseptique.
  • Des gants jetables.
  • Une couverture isothermique.
  • Des ciseaux et une pince à épiler.
  • Les médicaments personnels des membres de la famille.

Au-delà du matériel, une formation en premiers secours et en réanimation cardiorespiratoire (RCR) constitue un véritable atout. En cas d'arrêt cardiaque ou d'urgence médicale, les premiers gestes posés avant l'arrivée des secours peuvent faire toute la différence.

Qui peut vous aider avant l'arrivée des secours ?

Lors d'un blackout majeur, les services d'urgence peuvent mettre plus de temps à intervenir. Avant qu'une situation ne se présente, prenez quelques minutes pour identifier les personnes de votre entourage qui pourraient vous apporter une aide précieuse en cas de besoin.

Par exemple :

  • Une infirmière ou un infirmier
  • Un médecin
  • Un pompier
  • Un ambulancier ou un premier répondant
  • Un pharmacien
  • Une personne formée en premiers soins ou en réanimation cardiorespiratoire (RCR)

L'objectif n'est pas de leur confier la responsabilité de votre sécurité, mais de savoir vers qui vous pourriez vous tourner si une situation urgente survient avant l'arrivée des secours.

💡 L'œil de l'expert

Une trousse de premiers soins est indispensable. Mais connaître les compétences des personnes qui vous entourent peut s'avérer tout aussi précieux. En situation de crise, les premiers secours viennent souvent de ceux qui sont déjà à vos côtés.

8- Se protéger en cas de troubles ou de tensions

Lors d’un blackout, notamment dans les zones urbaines, le fonctionnement habituel de la ville peut être perturbé : commerces fermés, files d’attente, éclairage public interrompu, systèmes de sécurité hors service ou logements temporairement inoccupés.

Lorsque la panne se prolonge, des vols, des pillages ou des tentatives d’intrusion peuvent survenir, comme cela a déjà été observé lors de certain blackout.

Sans dramatiser ni céder à la peur, quelques précautions simples permettent de mieux protéger son logement et sa famille :

Rester discret sur les ressources dont vous disposez : réserves de nourriture, carburant, argent liquide ou équipements de valeur.

Fermer les rideaux ou les stores le soir pour limiter la visibilité de l’intérieur lorsque le quartier est plongé dans l’obscurité.

Verrouiller systématiquement les portes et les fenêtres, même lorsque vous êtes à la maison.

Limiter les déplacements non essentiels la nuit et privilégier, lorsque cela est possible, les sorties en journée.

S’organiser avec des voisins de confiance pour rester en contact, partager les informations utiles et exercer une vigilance mutuelle.

LES PROFILS À RISQUE DANS LE FOYER

Chez David et Éva, une réalité s'impose depuis la première heure du blackout : Emma est diabétique, et son insuline dépend d'une conservation au froid. Une contrainte parmi tant d'autres pour cette famille... mais un rappel utile que chaque foyer porte ses propres vulnérabilités, parfois invisibles au quotidien.

La situation d’Emma rappelle une réalité essentielle : face à un blackout, nous ne sommes pas tous égaux.

Une même panne peut représenter un simple désagrément pour certains… et devenir rapidement un enjeu de santé ou de sécurité pour d’autres.

Chaque foyer possède ainsi ses propres vulnérabilités, parfois discrètes tant que tout fonctionne normalement, mais qui peuvent devenir prioritaires lorsque la panne se prolonge.

Des besoins médicaux qui ne peuvent pas attendre

Certains besoins deviennent rapidement prioritaires lorsque l’électricité disparaît : un médicament qui doit être conservé dans des conditions particulières, un appareil médical dépendant de l’électricité, une batterie à recharger ou un traitement qui ne peut pas être interrompu.

Dans le cas d’Emma, la question de l’insuline se pose immédiatement. Mais chaque situation est différente. L’essentiel est de connaître à l’avance les contraintes liées à son traitement et les solutions prévues en cas de panne prolongée.

Quelques questions permettent d’anticiper :

  • Certains médicaments nécessitent-ils une conservation particulière ?
  • Disposez-vous d’une réserve suffisante de médicaments essentiels ?
  • Un équipement médical dépend-il de l’électricité ?
  • Existe-t-il une batterie ou une solution de secours ?
  • Savez-vous qui contacter si la panne se prolonge ?

Pour les médicaments et les équipements médicaux, ne laissez pas place à l’improvisation : conservez les consignes utiles accessibles et suivez les recommandations du pharmacien, du professionnel de santé ou du fabricant.

Des besoins différents selon les personnes

La vulnérabilité ne se limite pas aux besoins médicaux.

  • Les jeunes enfants peuvent être davantage déstabilisés par l’obscurité et la rupture de leurs habitudes. Maintenir quelques repères, les rassurer et leur confier de petites responsabilités adaptées à leur âge peut les aider à mieux vivre la situation.
  • Les adolescents peuvent ressentir particulièrement la perte des communications. Ne plus pouvoir joindre leurs amis, accéder aux réseaux ou obtenir de l’information peut devenir une source d’inquiétude. Avoir convenu à l’avance d’un point de rencontre et d’une façon de communiquer si les réseaux ne fonctionnent plus permet de réduire cette incertitude.
  • Les personnes âgées ou en perte d’autonomie peuvent être plus sensibles au froid ou à la chaleur, rencontrer des difficultés pour se déplacer ou dépendre de certains services. Un ascenseur à l’arrêt, par exemple, peut rapidement devenir un obstacle important.
  • Et n’oublions pas les animaux domestiques : eau, nourriture, médicaments éventuels et solution de transport doivent également faire partie de la préparation.

Un blackout agit comme un révélateur. Il met en évidence tout ce qui dépend discrètement de l'électricité, des habitudes ou du confort quotidien. Avant même qu'une crise survienne, prenez le temps d'identifier les personnes qui pourraient avoir besoin d'une attention particulière.

💡 L'œil de l'expert

En gestion de crise, toutes les vulnérabilités n’ont pas le même niveau de priorité.

Certaines peuvent attendre

quelques heures, tandis que d’autres nécessitent une attention immédiate.

Pour les distinguer, une question simple peut guider les premières décisions :

« Qu’est-ce qui pourrait devenir critique en premier si la situation se prolonge ? »

Prioriser, c’est accepter de ne pas tout traiter en même temps et concentrer ses efforts là où les conséquences pourraient être les plus importantes.

QUAND LA FATIGUE S'INSTALLE

Le deuxième jour touche à sa fin. Les gestes du début, remplir l'eau, répartir les rôles, rassurer les enfants sont devenus une routine. Mais cette routine a un coût. David et Éva dorment peu, mangent peu, et chaque discussion demande un effort qu'ils n'avaient pas anticipé. Ce soir-là, une simple question suffit à faire éclater la tension accumulée depuis 48 heures. David veut partir chez ses parents. Éva préfère rester pour surveiller la maison. Lucas prend parti. Emma pleure sans vraiment comprendre pourquoi.

Le blackout cesse progressivement d’être une crise logistique. Il devient une crise relationnelle.

Depuis plus de 48 heures, la famille prend des décisions en continu : quoi manger, qui appeler, comment économiser les batteries, quand dormir, faut-il partir, faut-il attendre. Chaque décision consomme de l’énergie mentale.

Les spécialistes parlent de fatigue décisionnelle : un phénomène où la qualité des décisions diminue à mesure que le cerveau s’épuise sous la pression, le stress et l’incertitude. Dans une famille, cette fatigue se manifeste rapidement :

  • Irritabilité
  • Impatience
  • Conflits
  • Difficulté à trancher
  • Surcharge émotionnelle

Ces réactions sont normales. Elles traduisent la fatigue, le stress et l'incertitude.

Pour éviter que la situation ne se dégrade, il est utile de revenir à des objectifs simples : décider seulement des prochaines heures, communiquer calmement et accepter qu'aucune décision ne sera parfaite. La résilience familiale ne consiste pas à éviter tous les désaccords. Elle consiste à continuer d'avancer ensemble malgré eux.

Une astuce simple permet souvent de désamorcer ce type de désaccord : reformuler la question en

« qu'est-ce qu'on décide pour ce soir ? » plutôt que « qu'est-ce qu'on va faire ? ».

La première question a une réponse claire et atteignable.

La seconde, plus vaste, invite chacun à projeter ses craintes, ses hypothèses et ses désirs sur toute la durée de la crise, ce qui alimente inévitablement le désaccord.

En ramenant la discussion à un horizon très court, la famille cesse de négocier sur l'inconnu et recommence à négocier sur du concret.

Les bons réflexes

Repérer les signes de fatigue décisionnelle chez soi ou chez un proche (impatience soudaine, ton qui monte, difficulté à se concentrer) avant qu'ils ne dégénèrent en conflit.

Nommer ce que l'on ressent plutôt que de le laisser sortir sous forme de reproche : « je suis fatigué et à cran », plutôt que « tu ne comprends jamais rien ».

Accorder une courte pause à la personne qui semble dépassée, plutôt que d'insister pour qu'elle décide immédiatement.

Revenir sur une décision prise sous tension une fois le calme retrouvé, sans chercher à savoir qui avait raison.

La résilience familiale ne consiste pas à éviter tous les désaccords. Elle consiste à continuer d'avancer ensemble malgré eux.

💡 L'œil de l'expert

En gestion de crise, nous observons souvent que les équipes les plus performantes ne sont pas celles qui prennent les meilleures décisions, mais celles qui continuent à communiquer malgré la fatigue.

Il en va de même pour une famille. Lorsque la tension monte, ralentir quelques minutes, partager les informations et fixer une priorité commune permet souvent d'éviter que la crise ne se transforme en conflit.

Conclusion

Un blackout nous rappelle une réalité que notre quotidien nous fait oublier : notre confort repose sur des systèmes dont nous dépendons sans même y penser. L'électricité, l'eau, les communications ou les paiements électroniques nous semblent acquis… jusqu'au moment où ils disparaissent.

Pourtant, la résilience d'une famille ne se mesure pas au nombre de lampes de poche ou de batteries qu'elle possède. Elle se construit bien avant la crise, dans les habitudes que l'on développe, les discussions que l'on prend le temps d'avoir et la capacité à rester calme lorsque tout devient incertain.

Personne ne peut empêcher une panne majeure ou une catastrophe. Mais chacun peut choisir de ne pas la subir. Quelques gestes simples, un minimum d'organisation et une compréhension des réactions humaines suffisent souvent à transformer une situation subie en une situation maîtrisée.

Alors, avant que la lumière ne s'éteigne pour de vrai, prenez le temps de vous préparer. Vérifiez votre matériel, parlez-en en famille, identifiez les fragilités et construisez un plan simple. Ces quelques heures de préparation peuvent changer complètement la manière dont vous vivrez les premières heures.

Car le jour où tout s'arrête, la question ne sera plus : "Que se passe-t-il ?" Mais : "Que fait-on maintenant ?" Et à ce moment-là, la ressource la plus précieuse ne sera pas l'électricité. Ce sera votre capacité à rester unie, organisée… et à garder votre sang-froid.

Chez David et Éva, le courant est finalement revenu au troisième jour, en pleine nuit. Personne ne s'en est rendu compte tout de suite, jusqu'à ce que le réfrigérateur se remette à ronronner. Emma, à moitié endormie, a simplement demandé : « C'est fini ? » Éva a souri : « Oui, ma chérie, c'est fini. »

Ce qu'ils retiendront de ces trois jours n'est pas la panne elle-même, mais la façon dont ils l'ont traversée ensemble. Et vous ?

Karine Maréchal Richard

GRATUITEMENT

Karine Maréchal-Richard Karine Maréchal-Richard

Experte en continuité des affaires et en gestion de crise

Consultante, formatrice et conférencière dans les domaines de la continuité des affaires et de la gestion de crise.

Article publié dans le Magazine Crise et Résilience.

Tous les articles